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Quand on lance sa construction, on est un peu paumé au début, il faut le dire. Et de toutes les étapes, le financement est celle où on comprend le moins ce qu'on nous raconte. On te parle de différé, d'intercalaires, de saut de charge, de résiduel, tu hoches la tête, et tu ressors du rendez-vous sans savoir si c'est une bonne nouvelle ou pas.
Alors j'ai invité Anne au micro. Anne, je la connais depuis des années, on s'est rencontrées dans un réseau pro quand je travaillais encore chez un constructeur. Elle est courtière en financement, elle dirige son agence dans le Morbihan, et elle s'est occupée de mon propre financement quand j'ai construit. Autant te le dire tout de suite : le financement, ce n'est ni ma partie préférée ni mon expertise, soyons claires. C'est la sienne. Dans cet article, je te traduis ce que ta banque regarde vraiment, et les mots qui t'ont perdu.
En résumé
Une banque regarde quatre choses : ta capacité d'emprunt (la fameuse règle des 35 %), la tenue de tes comptes, ce qu'il te reste après avoir tout payé, et ton saut de charge. Le reste se prépare, et une bonne partie se négocie.
Première chose que j'ai apprise en discutant avec Anne : le bon mot n'est pas « prêt », c'est plan de financement. On ne va pas demander 300 000 € à la banque et voir ce qu'elle répond, c'est un peu plus sophistiqué que ça.
Concrètement, un même projet peut être financé sur deux lignes en même temps. Une ligne courte, sur 15 ans, et une ligne longue, sur 25 ans. Comme les durées courtes se négocient mieux, le coût total du crédit descend, et pourtant tu rembourses la même somme tous les mois pendant toute la durée. C'est ce qu'on appelle un prêt lissé. Tous les établissements ne le proposent pas, c'est justement un des points où l'écart se creuse entre deux banques.
À côté de ça, il existe des lignes complémentaires : des prêts réglementés, des dispositifs liés à ton employeur, des enveloppes que certaines banques du secteur réservent aux primo-accédants. Je ne te donne volontairement ni montant ni nom de dispositif, parce que ça bouge tout le temps et que je préfère que tu fasses confirmer ce qui est en vigueur le jour où tu déposes ton dossier, plutôt que de te fier à un article. Retiens juste que ces lignes existent et qu'elles se cumulent.
Dernier point rassurant : que tu achètes de l'ancien ou que tu fasses construire, le prêt bancaire en lui-même est identique. Ce sont les aides qui changent, pas le crédit.
Je lui ai demandé quelles étaient les plus grosses boulettes. Sa réponse a été immédiate, et ce n'est pas une histoire de taux : c'est de ne pas faire le tour de tous les coûts.
Parce que le terrain et la maison, ce n'est pas ton projet. Ton projet, c'est aussi les frais d'agence, les frais d'acte, le géomètre, l'étude de sol, les raccordements, la taxe d'aménagement, la cuisine, les sols, la peinture, la terrasse, le portail. Chacun de tes interlocuteurs te parle très bien de sa partie, et personne ne te donne la vision globale. Résultat, on a tendance à se dire « ça va passer », et non, ça ne passe pas.
Ce qui est important, c'est de tout lister avant, et de décider ligne par ligne : soit je l'intègre au financement, soit je l'autofinance avec mon épargne. Les deux réponses sont valables. Ce qui ne l'est pas, c'est de découvrir la taxe d'aménagement dans ta boîte aux lettres une fois la maison terminée, quand ton prêt est bouclé et qu'il n'y a plus rien à côté.
Si ton sujet à toi, c'est plutôt de faire baisser le coût de la construction elle-même, j'en parle en détail dans comment construire pas cher, et pour les projets vraiment contraints, dans faire construire avec un budget serré.
Celle-là, tout le monde en a entendu parler. Et pour le coup, c'est assez noir et blanc : c'est une norme, les banques sont tenues de s'y conformer. On additionne l'ensemble de tes revenus professionnels, parfois certaines prestations selon les établissements, et tes mensualités ne doivent pas dépasser 35 % du total.
Le point que les gens ratent, c'est que ces 35 % englobent tous tes crédits en cours. Si tu as un prêt voiture, il se déduit du plafond, et c'est le delta qui restera disponible pour ta maison. Des dérogations existent au-delà des 35 %, mais les enveloppes que les banques y consacrent partent très vite, ce n'est pas sur ça qu'il faut bâtir un projet.
Et maintenant la bonne nouvelle, celle qui m'a surprise. Beaucoup de gens attendent la fin de leur crédit voiture avant d'oser lancer leur projet.
Anne, elle, aime bien quand il y a un prêt voiture. Parce que c'est la vraie vie, et parce qu'une voiture ne dure pas 25 ans : la place qu'elle occupe aujourd'hui dans tes 35 % se libérera dans deux ou trois ans, et te rendra de la capacité d'épargne. Si ton projet rentre malgré le crédit auto, c'est parfait. Ce n'est pas un motif d'attendre.

Atelier "Construire : Mode d'emploi"
Un atelier avec toutes les explications et les liens nécessaires pour préparer et réfléchir sereinement ton projet et enfin passer du rêve à la réalité !
Voilà la confusion la plus coûteuse de tout l'épisode, et honnêtement je ne faisais pas la différence aussi nettement avant.
L'apport, c'est ce que tu mets dans le projet. Et là, les banques ne se ressemblent pas du tout. Certaines exigent que tu finances les frais d'agence, les frais d'acte, les frais de dossier, la garantie et les honoraires. D'autres demandent seulement que les frais bancaires soient couverts. Et il existe encore, oui, des établissements qui n'exigent aucun apport.
L'épargne résiduelle, c'est ce qu'il te reste après. Et celle-là, absolument toutes les banques la demandent, même celles qui ne réclament pas d'apport. C'est ton épargne de précaution, sur un livret, un contrat, peu importe.
Pourquoi elles y tiennent autant ? Parce qu'un chantier produit des imprévus, et surtout des plus-values. Tu craques sur un carrelage qui sort du cadre du devis que tu as signé, il faut que tu sois capable d'assumer derrière. C'est tout. La conséquence pratique est simple : si tu as 15 000 € sur un livret, tu ne mets pas tes 15 000 € en apport pour te retrouver à zéro le jour où une facture non prévue arrive.
C'est LE mot qui revient et que personne ne prend le temps d'expliquer. Pourtant, l'idée tient en deux phrases.
Pendant toute la construction, tu ne rembourses pas encore ton prêt. La banque débloque l'argent au fur et à mesure que tu lui présentes les factures de ton constructeur, de ton maître d'œuvre ou de tes artisans. Et chaque mois, elle te facture les intérêts uniquement sur ce qu'elle a déjà débloqué.
Ce qui veut dire que ça monte au rythme du chantier. Le premier mois, tu ne paies presque rien, sur le seul déblocage du terrain. Puis une facture d'avancement tombe. Prenons 50 000 € à 3 % juste pour que le calcul soit lisible : ça fait 1 500 € d'intérêts sur une année, donc 125 € sur le mois. Ça s'ajoute au précédent, et ainsi de suite jusqu'à ce que la tirelire soit vide, ce qui signifie normalement que ta maison est finie. Le mois suivant, tu commences à rembourser tes vraies mensualités, celles que tu as signées.
Ce n'est donc pas une pénalité, c'est ce qui te permet de continuer à payer ton loyer pendant que ta maison sort de terre, sans avoir deux mensualités complètes sur le dos. Mais il faut le savoir, pour ne pas se demander en ouvrant son relevé ce que sont ces 100 € tombés ce mois-ci.

Le saut de charge, c'est la différence entre ce que tu paies aujourd'hui et ce que tu paieras demain. Tu as 800 € de loyer, tu vas avoir 1 300 € d'échéance : ton saut de charge est de 500 €.
Et là, Anne donne le meilleur conseil de tout l'épisode, celui que je retiens même si le financement n'est pas mon domaine. Ces 500 €, tu les mets de côté tous les mois, dès maintenant, et tu n'y touches pas. Ça a trois vertus.
La première, tu apportes au banquier la preuve que tu peux tenir 1 300 €. Tu réponds à sa question avant qu'il la pose. La deuxième, ton épargne grossit, et elle servira au projet. La troisième est la plus importante : tu sais, toi, si tu en es vraiment capable. Parce qu'entre dire qu'on peut rembourser 1 300 € et le faire pendant 25 ans, il y a un monde. La voiture tombera en panne, il y aura un imprévu, et tu n'y touches pas quand même.
J'aime beaucoup l'expression qu'elle emploie pour ça : il faut s'entraîner. Un projet immobilier, ça se prépare, et ça ne se prépare pas en trois semaines.
Je ne vais pas refaire ici le comparatif des intervenants, je l'ai déjà fait dans architecte, constructeur ou maître d'œuvre. Mais il y a un angle que je n'avais jamais abordé : ton contrat ne regarde pas que ton chantier, il regarde aussi ta banque. Et c'est un entonnoir.
Avec un CCMI, tous les partenaires bancaires suivent, il n'y a pas de difficulté particulière, notamment parce que l'assurance dommages-ouvrage est intégrée. Si tu veux savoir ce qu'il faut vérifier dans ce contrat, c'est par ici.
Avec un maître d'œuvre ou un architecte, certaines banques exigent que tu souscrives toi-même la dommages-ouvrage, et refusent de financer sans. Petit rappel au passage : cette assurance est obligatoire, elle chapeaute les décennales de tous les artisans et te permet d'être indemnisé pour des travaux sans attendre qu'on cherche qui est responsable. Certains y renoncent, c'est une prise de risque réelle, notamment à la revente. J'y consacrerai un article entier, le sujet le mérite. Pour ton financement, retiens juste que c'est une dépense supplémentaire à intégrer au budget si ta banque l'impose.
Avec un marché de travaux, donc des devis d'artisans que tu coordonnes, c'est possible, mais le nombre de banques disposées à te suivre se réduit.
Et l'auto-construction au sens strict, quand tu montes ta maçonnerie et ta charpente toi-même, reste très confidentielle : sans décennale ni dommages-ouvrage, les banques demandent un apport et une épargne de l'ordre de 20 à 30 % du projet.
Donc non, on ne peut pas dire qu'on ne peut plus construire sans CCMI. C'est faux. Ce qui est vrai, c'est que le choix des prêteurs se réduit à mesure que les garanties diminuent.

Les 10 erreurs à éviter lors d'un projet de construction
Les erreurs les plus courantes mais aussi les plus dommage que j'ai observé chez mes clients ou toute personne qui se lance dans son projet de construction !
Celui-là, tu peux commencer dès ce soir, et c'est gratuit.
Un banquier lit tes relevés. Il regarde les découverts, les commissions d'intervention, les rejets de prélèvement. Donc six mois avant, tu calmes le jeu. Et il regarde aussi ce qui ne lui plaît pas du tout, les paris et les jeux en ligne. Attention, jouer six euros à l'Euromillions toutes les semaines n'a jamais bloqué un dossier. Mais Anne a vu passer des relevés à 250 ou 300 € de paris en ligne tous les trois ou quatre jours. Là, on calme le jeu, dans tous les sens du terme.
Et si tu veux une bonne raison de le faire, prends la calculette : à ce rythme, en trois semaines, tu paies ton meuble vasque. En quelques mois, ta faïence de salle de bains. C'est exactement le même argent.
Je pensais qu'on allait voir un courtier quand on a un projet ficelé. En fait non, et c'est même l'inverse : plus tu viens en amont, plus c'est confortable, et un premier rendez-vous n'engage personne.
Parce que les banques n'ont ni les mêmes critères ni les mêmes cibles. Certaines ne font pas de prêt relais. D'autres refusent qu'un des deux emprunteurs soit en CDD, quand certaines ont parfaitement intégré que dans le secteur médical, par exemple, les CDD s'enchaînent et que ça ne veut rien dire sur la solidité du dossier. L'âge joue aussi, et il existe des solutions d'assurance dédiées quand la banque bloque de ce côté-là. Tout se joue sur l'orientation du dossier vers le bon interlocuteur, et sur un dossier strictement identique, deux banques ne proposent pas la même chose.
Anne résume son métier en deux missions : négocier, et accompagner. Et sincèrement, c'est la deuxième qui fait la différence pour la plupart des gens.
Construire, c'est une aventure. Il y a tellement d'étapes, de conditions suspensives, de délais, de gens à tenir au courant. Pour avoir envoyé plusieurs clients chez elle, ce que j'apprécie le plus, c'est qu'à chaque étape tout le monde est informé en même temps : le notaire, le vendeur du terrain, le constructeur, la banque. Tu n'as pas à courir après l'information.
Et puis il y a son slogan, que j'adore : tu fais le tour des banques en un seul rendez-vous. Tu montes ton dossier une fois, tu fournis tes documents une fois. Quand on sait que le temps est une ressource aussi rare que l'argent dans un projet de construction, ça compte.

Le financement, ce n'est pas une question de chance ni de piston. C'est un dossier qui se prépare, avec quatre choses que la banque regarde et sur lesquelles tu as la main : ta capacité, tes comptes, ton épargne résiduelle et ton saut de charge. Le reste, c'est du vocabulaire, et maintenant tu l'as.
Si tu démarres et que tu veux comprendre l'ordre des étapes avant de rencontrer qui que ce soit, c'est exactement l'objet de mon atelier Construire, mode d'emploi. Tu as déjà un plan sous les yeux ? On le regarde ensemble en 30 minutes.
Je te mets tous les moyens de contacter Anne et son équipe dans la description de l'épisode. Elle répond dans le podcast à des cas que je n'ai pas pu faire tenir dans cet article, va l'écouter, ça vaut le détour.
Et toi, quel est le mot du financement qui t'a le plus perdu ? Dis-le-moi en message sur Instagram, je ferai peut-être un épisode rien que là-dessus.
Ce qu'on n'ose pas toujours demander à son banquier

Atelier "Construire : Mode d'emploi"
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