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Tu sais quoi ? Le temps, c'est vraiment LE sujet dont personne ne parle quand on se lance dans la construction. Enfin si, on parle des retards – ça oui, tout le monde en parle ! Le retard de l'électricien, le retard du plaquiste, le retard de la viabilisation... Mais le temps dans sa globalité, le rapport au temps qu'on a pendant toute la durée du projet, ça, c'est un sujet qu'on n'aborde jamais. Et pourtant, c'est hyper perturbant.
Après plus de 13 ans d'expérience comme designer d'intérieur au sein de sociétés de construction au Québec et en France, j'ai vu tellement de gens se faire malmener par cette question du temps. Des gens qui vont trop vite et qui le regrettent amèrement. D'autres qui ont trop de temps et qui se rendent fous à force de douter. Et puis ceux qui subissent les retards et qui ne savent plus comment gérer leur frustration.
Alors aujourd'hui, je voulais vraiment prendre le temps (justement !) de t'expliquer pourquoi ce rapport au temps est si particulier dans un projet de construction, et surtout comment tu peux le gérer pour éviter les erreurs qui coûtent cher – en argent, mais aussi en stress et en regrets.
Dès que tu te lances dans ton projet de construction, c'est comme si un chronomètre géant se déclenchait. Et ce chronomètre, ce n'est même pas toi qui le déclenches – ce sont les autres qui le font pour toi.
Il y a d'abord le commercial de ton constructeur. Tu sais, celui qui te dit avec un grand sourire : "Oh là là, il faudrait vraiment qu'on signe avant la fin du mois, parce que après, le prix va augmenter !" Ou alors : "Ma remise commerciale se termine dans deux semaines, ce serait vraiment dommage de la perdre !"
Ensuite, il y a la banque. Si tu es dans une période où les taux augmentent, tu vas entendre ton courtier ou ton banquier te dire qu'il faut absolument se dépêcher de déposer le permis pour faire la demande de prêt. Sinon, tu vas perdre tant de milliers d'euros sur 20 ans à cause de la hausse des taux.
Et puis, il y a le compromis de vente. Ah, le fameux compromis ! Le notaire y inscrit un délai pour déposer ton permis de construire. Et devine quoi ? Ce délai est souvent bien trop court. Les notaires ne se rendent pas compte du temps que ça prend de vraiment réfléchir à un projet. Ils mettent un mois, parfois six semaines, et hop, c'est réglé pour eux.
Sauf que toi, pendant ce temps-là, tu dois :
Donner tes commentaires sur les plans
Demander des modifications au dessinateur ou à l'architecte
Attendre que ces modifications soient faites (ça prend facilement 15 jours à 3 semaines)
Faire faire des chiffrages pour vérifier ton budget
Rassembler tous les documents pour la banque
Et tout ça en un mois ? Franchement, c'est mission impossible si tu veux faire les choses correctement.
Le truc, c'est que toute cette précipitation donne l'illusion qu'on va gagner du temps. On se dit : "Si je dépose mon permis vite, je vais gagner du temps, et je pourrai emménager plus tôt !"
Sauf que c'est exactement l'inverse qui se passe.
Je te raconte l'histoire de Stéphanie, que j'ai interviewée dans le premier épisode de mon podcast. Elle et son conjoint ont signé leur contrat juste avant le passage à la RE 2020 (la nouvelle réglementation environnementale). Leur constructeur leur a mis une pression énorme : "Il faut absolument signer et déposer le permis avant le 31 décembre, sinon ça va vous coûter beaucoup plus cher avec la RE 2020 !"
Résultat ? Ils ont signé dans la précipitation. Et quelques semaines plus tard, Stéphanie s'est rendue compte que le plan ne lui convenait pas du tout. Elle a voulu le changer, et au final, elle a perdu 7 mois. Sept mois ! Alors qu'elle voulait en gagner.
Voilà pourquoi je te dis : cette course contre la montre au début, c'est souvent là qu'on fait les plus grosses erreurs.
Alors, concrètement, qu'est-ce que je te conseille ?
Premièrement, négocie les délais du compromis de vente. Demande au moins 2 à 3 mois pour déposer ton permis. Si le notaire ou le vendeur résiste, explique-leur que tu as besoin de ce temps pour faire les choses correctement. Et si vraiment ils ne veulent pas rallonger le délai, tu peux aussi faire traîner un peu la signature du compromis. Je sais, ça peut paraître contre-intuitif, mais franchement, quand tu vas te retrouver sous pression avec un délai trop court, tu vas regretter de ne pas avoir pris ce temps.
Deuxièmement, résiste aux pressions commerciales. C'est TON projet. C'est toi qui vas vivre dans cette maison. C'est toi qui vas l'emprunter sur 20 ans, voire plus. Alors franchement, tu n'es pas à deux semaines près, ni même à deux mois près. Si ton constructeur te dit qu'il faut signer la semaine prochaine, tu as parfaitement le droit de dire : "Non, je ne suis pas prêt. J'ai encore besoin de temps pour réfléchir à mon plan."
Troisièmement, prends du recul sur tes plans. Des fois, on a le nez collé sur son plan pendant des semaines. On le regarde, on le retourne dans tous les sens, on n'est pas sûr... Et puis, une fois qu'on a déposé le permis, on fait une pause, et là, pouf ! On se rend compte d'une erreur. Une fenêtre mal placée, un couloir trop étroit, une cuisine qui ne fonctionne pas...
Cette pause, il faut la faire AVANT de signer ton contrat et de déposer ton permis. Pas après.
Parce que si tu te rends compte d'une erreur après avoir déposé le permis, tu vas devoir faire une modification de permis. Et ça, c'est un mois d'instruction supplémentaire, plus le temps de refaire les plans, plus peut-être des frais supplémentaires avec ton dessinateur ou ton constructeur.
Donc au final, tu n'as pas gagné de temps. Tu en as perdu. Et tu as peut-être aussi perdu de l'argent.
Bon, maintenant, parlons de l'inverse. Parce que oui, il y a aussi des situations où tu as trop de temps. Et crois-moi, c'est aussi hyper compliqué.
J'ai vu des clients qui avaient beaucoup de temps devant eux. Soit parce qu'il n'y avait aucune pression (pas de délai imposé, pas d'urgence de logement), soit parce que le terrain n'était pas prêt tout de suite.
Par exemple, quand tu achètes dans un lotissement qui n'est pas encore sorti, tu peux attendre 6 mois, un an, parfois même deux ou trois ans avant que ton terrain soit viabilisé et prêt à construire.
Mes voisins, par exemple, ont attendu leur terrain plusieurs années, le temps que la division se fasse. C'est vraiment très, très long.
Et dans ces cas-là, qu'est-ce qui se passe ? Tu as tellement de temps pour penser à ton projet que tu te mets à douter de tout. Tu te fais des nœuds au cerveau.
Tu regardes ton plan et tu te dis : "Mais pourquoi j'ai mis la cuisine ici ? Peut-être que je devrais la mettre là-bas... Ou alors, je change complètement le sens de la maison... Ah non, finalement, je la laisse comme ça... Mais en fait, non, je vais la changer..."
Et tu rends ton conjoint ou ta conjointe complètement dingue avec toutes tes questions et tes remises en question.
Si tu te retrouves dans cette situation – avec beaucoup de temps devant toi – voilà ce que je te conseille :
Vois ça comme une opportunité, pas comme une torture. Oui, c'est long. Oui, c'est frustrant. Mais au lieu de te rendre malade, utilise ce temps intelligemment.
Affine ton plan de cuisine. Au lieu de signer très vite chez un cuisiniste parce que tu te sens pressé, prends ton temps. Vérifie, observe comment tu cuisines au quotidien, note ce qui te manque dans ta cuisine actuelle, ce qui te plaît, ce qui ne te plaît pas.
Va faire du lèche-vitrine de matériaux. Sérieusement, c'est un de mes meilleurs conseils. Va errer dans les showrooms sans forcément y aller pour choisir. Regarde les carrelages, les parquets, les faïences, les robinetteries... Imprègne-toi de ce qui existe. Prends des photos, fais-toi un petit dossier Pinterest ou un album photo sur ton téléphone.
Comme ça, le jour où tu devras vraiment faire tes choix, tu seras beaucoup plus efficace. Tu sauras déjà ce que tu aimes et ce que tu n'aimes pas. Tu ne perdras pas de temps à hésiter entre 50 modèles de carrelage.
Travaille sur les détails de ton plan. Mais attention, pas dans le sens "je remets tout en question". Plutôt dans le sens "j'optimise". Par exemple, vérifie que tu as assez de prises électriques partout, que tes rangements sont bien pensés, que tu as prévu un espace pour ton aspirateur, pour tes poubelles de tri...
Prépare les aspects administratifs. Renseigne-toi sur le branchement de la fibre (Orange, par exemple, ça peut être très long). Commence à réfléchir à ton aménagement de jardin. Regarde les subventions auxquelles tu pourrais avoir droit.
Et surtout, fais des pauses. De vraies pauses où tu ne penses pas du tout à ton projet. Parce que sinon, tu vas te rendre fou.

Bon, maintenant, parlons du moment où tu es en plein chantier. Parce que là, le temps prend encore une autre dimension.
Soyons honnêtes : il y aura des retards. C'est presque inévitable.
L'électricien qui devait venir lundi et qui n'est pas là. Le plaquiste qui met du temps à arriver. Le carreleur qui a un autre chantier qui prend du retard et qui décale le tien. Les intempéries qui bloquent tout pendant deux semaines. Le matériau qui n'est pas arrivé à temps...
C'est hyper frustrant. Parce que toi, tu as passé tous les délais possibles et imaginables jusqu'ici. Tu as attendu le terrain, tu as attendu le permis, tu as attendu le début du chantier... Et maintenant que ça a enfin commencé, tu n'as qu'une envie : que ça se termine !
Mais voilà, les artisans ne sont pas toujours réglés comme des horloges. Et tu n'as pas vraiment la main sur ça.
Alors, qu'est-ce que tu fais quand ton chantier prend du retard ?
Déjà, prends du recul. Je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire. Mais vraiment, si tu ne peux rien y faire, inutile de te rendre malade.
Ensuite, utilise ce temps pour avancer sur d'autres sujets.
Par exemple, occupe-toi de ton branchement Orange ou fibre. Sérieusement, c'est un sujet qu'on néglige souvent, et puis on se retrouve la veille du déménagement à se rendre compte qu'Orange va mettre trois mois à venir installer la ligne. Petit spoiler : Orange et le branchement de communication, ça peut être très long.
Si ton chantier a du retard avant le hors d'eau hors d'air, profites-en pour revérifier tes plans. Tant que le plaquiste n'a pas commencé, tu peux encore améliorer des choses. Ajouter une prise électrique ici, déplacer un interrupteur là...
Si les travaux intérieurs traînent, commence à bien réfléchir à ton carrelage, à ta plomberie, à tes choix de robinetterie. Parce que quand le moment viendra de choisir, tu n'auras peut-être pas le samedi disponible pour aller dans les showrooms.
Travaille sur ton aménagement de jardin. Dessine ce que tu veux faire, regarde les plantes qui te plaisent, réfléchis à la terrasse, à la clôture, au portail...
Bref, il y a plein de choses que tu peux faire pendant que le chantier prend du retard. Et ça te permettra de gagner du temps plus tard.
Allez, soyons concrets. Combien de temps faut-il prévoir du début à la fin ?
C'est la phase la plus importante. Celle où tu ne dois surtout pas te précipiter.
Ça comprend :
La recherche de ton terrain (ça peut prendre de 2 semaines à 6 mois, voire plus)
La conception de tes plans (1 à 3 mois si tu prends vraiment ton temps)
Les allers-retours avec le dessinateur ou l'architecte
Les chiffrages pour vérifier ton budget
La constitution de ton dossier de prêt
Si tu fais tout ça correctement, compte au moins 3 mois. Idéalement, 6 mois. Je sais, ça peut paraître long. Mais c'est le temps qu'il faut pour faire un projet vraiment réfléchi et abouti.
Une fois que ton projet est bien défini, il y a toute la partie administrative :
Le dépôt de permis de construire : 2 à 3 mois d'instruction
Le délai de recours : 2 mois après l'obtention du permis
Donc au total, compte 4 à 5 mois pendant lesquels tu ne peux rien faire d'autre qu'attendre. C'est le moment parfait pour affiner tous tes choix de matériaux et d'équipements.
Pour une maison standard, compte 8 à 12 mois de travaux. Pour une maison plus complexe ou plus grande, ça peut aller jusqu'à 18 mois.
Et il faut toujours prévoir une marge pour les imprévus : 10 à 20% de temps en plus, c'est une bonne estimation.
Oui, tu as bien lu. De la recherche du terrain jusqu'à l'emménagement, un projet de construction peut prendre entre 1 an et demi et 3 ans.
C'est long. Mais c'est normal. Et surtout, c'est important de le savoir dès le départ pour ne pas se mettre une pression inutile.
Après toutes ces années à accompagner des projets de construction, voilà les règles d'or que je te conseille de suivre :
1. Ton temps tu prendras. Minimum 3 mois pour la conception. C'est non négociable.
2. Aux pressions commerciales tu résisteras. C'est ton projet, c'est ton rythme. Point final.
3. Le compromis de vente tu négocieras. Demande 2 à 3 mois minimum pour déposer ton permis.
4. Avant de signer tu pauseras. Prends du recul sur tes plans. Laisse-les reposer quelques jours, puis regarde-les à nouveau avec un œil frais.
5. Les retards avec philosophie tu accepteras. Utilise ce temps pour avancer sur d'autres sujets au lieu de te rendre malade.
6. Sur 20 ans d'emprunt tu relativiseras. Tu vas emprunter sur 20 ans, voire 25 ans. Alors franchement, 2 ou 3 mois de plus ou de moins au début, ça ne changera rien à ta vie.
7. Maître d'ouvrage tu resteras. C'est toi le patron. C'est toi qui décides du timing. Pas ton constructeur, pas ta banque, pas le vendeur du terrain.
Si je devais te donner un seul conseil sur le temps dans un projet de construction, ce serait celui-ci : ne néglige jamais le temps de conception.
C'est le temps qui est toujours trop compressé. Parce qu'on veut compenser les retards qu'on anticipe (à raison, d'ailleurs) pendant le chantier. Parce qu'on a l'impression qu'on va gagner du temps en allant vite au début.
Mais c'est exactement l'inverse.
J'ai des clients qui viennent me voir et qui me disent : "Gwénola, ça ne va pas du tout. J'ai signé, je suis prêt à démarrer, sauf qu'en fait, je me rends compte que mon plan ne fonctionne pas."
J'ai même eu des gens qui m'ont contactée en me disant : "Le plaquiste a fini, c'est une catastrophe. On se rend compte qu'on ne peut pas meubler notre salon comme on voulait, que tout est trop petit."
Tout ça parce que le temps a été trop court, trop compressé au lancement du projet.
Alors s'il te plaît, prends ton temps pour cette phase. Vraiment. C'est ton meilleur investissement.
Construire, ça prend du temps. Ça demande de la patience. Ça demande de savoir un peu où on va, mais aussi d'accepter qu'on ne peut pas tout contrôler.
Il y a du temps que tu vas subir, soyons honnêtes. Les délais administratifs, les retards d'artisans, les imprévus... Tu ne peux pas grand-chose contre ça.
Mais il y a aussi du temps que tu peux choisir. Et c'est ce temps-là qui est le plus important. Le temps que tu prends pour concevoir ton projet, pour réfléchir à tes plans, pour faire tes choix.
Les meilleurs projets que j'ai vus, ce sont ceux où les gens ont pris leur temps. Souvent, ce sont des maisons secondaires, où il n'y a pas d'urgence de logement. Et du coup, les gens mettent beaucoup plus d'attention sur la conception et sur le chiffrage.
Mais même si tu es dans une situation où tu dois quitter ton logement, où tu payes un loyer, tu peux quand même prendre ce temps. Parce que je te le rappelle : tu vas emprunter sur 20 ans. Alors franchement, 2 ou 3 mois de plus au début, ça ne changera rien. Mais ça peut t'éviter des années de regrets.
Alors voilà, si tu sens que tout va trop vite, si tu doutes de tout, pose-toi. Prends du recul. Respire.
Ton projet n'en sera que plus réfléchi, plus abouti, et tu auras beaucoup moins de regrets une fois que tu seras dans ta maison.
Parce que quand c'est construit, les corrections sont toujours un peu plus difficiles. Alors autant prendre le temps de bien faire les choses dès le départ.

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